Pour tout dire, on craignait “Heathen Chemistry”. Mais une rapide écoute sur Internet de l’album quasi intégralement piraté avait toutefois ravivé l’espoir. En fin de compte, ce nouvel opus ne serait-il pas le meilleur album d’Oasis depuis le déjà lointain et universel “Morning Glory” ? Rencontre avec Gem Archer, nouveau guitariste rythmique du groupe.


Guitar Part : Tu as choisi de te faire appeler Gem à cause d’un footballeur écossais. Est-ce que tu suis attentivement la coupe du monde ?

Gem : Comme la plupart des gens que je croise, je me tiens au courant. Mais contrairement aux apparences, je ne suis pas un grand fan. Ce nom m’a été donné car car je viens d’un endroit où l’on doit se choisir un surnom en rapport avec le milieu sportif. Finalement, ça reste assez anecdotique car le football, je n’en ai pas grand chose à foutre. Mais chut, n’en parlons plus, il me semble que c’est un sujet un peu tabou chez vous en ce moment…

GP : C’est la première fois que tu t’imposes en qualité de songwriter au sein d’Oasis. J’imagine que c’est assez symbolique pour toi ?

Gem : Oui, il y a de ça. Mais c’est avant tout une coïncidence, une question de circonstances. J’aime composer parce que ça me permet de me sentir bien et d’évacuer des milliards de choses. Quand tu écris une bonne chanson, tu es le roi du monde. J’ai simplement proposé Hung In A Bad Place à Liam parce que je le sentais susceptible d’interpréter ce titre comme moi je l’aurais fait. Le morceau lui a plu, et voilà…

GP : Depuis que tu fais partie du groupe, Noel dit qu’il joue moins de guitare parce que tu es meilleur que lui. Êtes-vous en compétition ?

Gem : Non. Je ne comprends pas pourquoi il va raconter ce genre de trucs. Nous sommes des guitaristes différents. Nous ne roulons pas pour les mêmes choses, mais nous avançons dans la même direction. C’est vrai qu’il joue doucement, mais je trouve qu’il excelle justement lorsqu’il s’agit de tempo lent. Je trouve ses parties lead inspirées, instinctives et aussi légères qu’un claquement de doigts. C’est un guitariste qui a la chance d’avoir son propre style et d’être reconnaissable. Il n’est donc pas question de plus fort ou de moins fort mais de complémentarité ! On n’est pas en compétition dans le sens où l’on se doit d’être unis pour avancer musicalement. Cela dit, c’est vrai que, des fois, c’est un peu à qui trouvera la partie de gratte le plus rapidement possible. Mais bon, ça reste bon enfant. Moi aussi, il y a des trucs que j’envie chez lui, comme sa capacité à composer vite et bien.

GP : En arrivant dans le groupe, tu as dit : “Je ne serai un membre d’Oasis qu’une fois que j’aurai participé à un album dont tout le monde sera content”. Comment te sens-tu maintenant ?

Gem : Quand tu rejoins un groupe et que tu te retrouves à jouer un peu partout dans le monde des chansons que tu n’as pas composées, tu ne te sens pas membre à part entière, limite un imposteur. Maintenant, ça va mieux. J’ai participé à “Heathen Chemistry” et j’y ai laissé un peu de moi. Je me sens accompli, j’ai ma place au sein d’Oasis alors que jusqu’à peu, j’avais encore le sentiment d’avoir des choses à prouver et de devoir me battre pour mériter cette place.

GP : Tu crois que tu fais partie du meilleur groupe de rock du monde ?

Gem : Répète un peu ? Oui, je le pense, Oasis est le meilleur groupe de rock au monde. Si ce n’était pas le cas, je n’aurais jamais quitté ma formation précédente. Avant de faire partie du groupe, j’étais fan. J’achetais leurs disques au fur et à mesure qu’ils sortaient. Maintenant, je ne peux plus les écouter. Je ne peux pas rentrer chez moi et dire, tiens, si j’écoutais un disque d’Oasis. Mais ça, c’est parce que je joue tous leurs titres en concert. Peut-être que dans vingt ans j’aurai envie de me remettre le nez dedans et d’écouter “Definitely Maybe”, qui reste mon album préféré.

GP : Pourquoi avoir choisi de produire vous-mêmes “Heathen Chemistry” ?

Gem : Parce que nous étions les mieux placés pour savoir ce que l’on voulait. Personne n’aurait pu mieux diriger cet album qu’Oasis. On savait à quel moment exact on voulait plus de basse ou plus de batterie. Une tierce personne nous aurait troublés dans cette démarche.

GP : Est-ce qu’Oasis est un groupe démocratique ?

Gem : Sur certains points oui, sur d’autres non. Ainsi, c’est Noel qui a le dernier mot en matière de prod. Il sait exactement ce qu’il veut et chapote un peu tout. Reste que travailler sur un album d’Oasis est un véritable chantier car c’est s’attaquer à un groupe important, connu et reconnu. Un groupe qui a une discographie et un esprit à respecter. L’omniprésence de Noel ne me rend pas amer dans le sens où, de tout façon, si tu veux que ton groupe tienne la route, tu as besoin d’un leader. Puis ça ne veut pas dire qu’il se fout de ce qu’on lui dit. Il nous écoute puis… il choisit (sourires) !

GP : Le titre de l’album a été choisi à cause d’un tee-shirt de Liam portant l’inscription Heathen Chemistry (chimie barbare), qu’est-ce que ce titre t’évoque ?

Gem : Paradoxalement, comme ce titre provient d’un simple tee-shirt, il ne m’évoque pas grand chose et pourtant, il peut recouvrir différentes significations. C’est rigolo de retrouver assemblés deux mots qui n’ont rien en commun. Sommes-nous des barbares ? Est-ce qu’il est question de l’alchimie que nous dégageons lorsque nous jouons ? Je ne sais pas. Après tout, ce ne sont que deux mots. Dans le même esprit, l’album aurait pu s’intituler “Qu’est-ce que c’est ?”, ça n’aurait pas été plus clair. C’est comme “What’s The Story Morning Glory ? “, la première fois que j’ai entendu ce nom d’album, j’ai fait la moue. Je ne voyais pas où le groupe voulait en venir. Maintenant, je trouve ce tire joli. Finalement, que ce soit avec n’importe quels mots, dans n’importe quel titre de film, de disque ou de bouquin, tu crées l’image que ton imaginaire veut bien développer. Moi, je comprends le titre comme tel. Il n’y a pas un sens caché mais deux mots accolés pour définir l’identité d’un album… Achetez des tee-shirts, ça peut toujours vous sauver la mise !

GP : Musicalement, n’as-tu pas parfois l’impression que le groupe se renouvelle peu ou pas ?

Gem : Nous faisons juste ce que nous avons envie de faire, qu’importe ce que certains pensent. On réagit à l’instinct, on fait ce qu’on veut lorsqu’on veut et nous ne sommes pas les esclaves d’aucune nouvelle tendance. Je pense qu’il serait stupide pour Oasis de pisser sur sa légimité, comme l’ont fait d’autres, en commençant à faire des albums électro. A ce titre, je n’aime pas ce que fait Radiohead. On compose des choses qui nous plaisent et, de fait, qui correspondent à l’identité du groupe. On joue du Oasis, ça s’entend dès les premièrs titres de notre album mais, quelque part, c’est ce qu’on fait le mieux. Selon moi, tu ne fais pas de la bonne musique ou de la qualité parce que tu es précurseur. Dans ce cas, tout le monde ferait de l’électro ! Tu peux faire de bonnes compos en restant dans un même créneau. Elles ne seront pas forcément novatrices aux dires de certains, mais belles.

GP : On retrouve un peu d’Oasis chez beaucoup de groupes de Britpop.

Gem : La britpop ne signifie rien pour moi. Personne n’utilise ce terme. Oasis est un groupe de rock’n’roll.

GP : Bien, parle-moi un peu des membres du groupe en répondant le plus sincèrement possible aux questions suivantes. Qui est le plus perfectionniste ?

Gem : Instantanément, je vais répondre Noel. Il est étonnant, il cherche toujours à être le plus près possible des objectifs qu’il s’est fixés. C’est un acharné qui travaille énormément. Mais Liam peut parfois être, lui aussi, très tatillon, en particulier lorsque sa voix ne lui permet pas de chanter certains titres. Dans ce cas-là, il n’y a rien à lui dire.

GP : Qui est le plus populaire ?

Gem : ça dépend des pays. Aux Etats-Unis, les fans n’aiment pas Liam. Ils n’appécient pas son
humour et désapprouvent la manière dont il s’exprime. C’est un peu la même chose en Angleterre, où une bonne proportion de la population ne le comprend pas. Dès que je monte dans un taxi, on me demande s’il agit tout le temps de la sorte. Alors forcément, je répondrais que le plus populaire, c’est Noel. Mais bon, les tabloïds anglais retranscrivent tellement de commérages sur le groupe que ce n’est pas étonnant que l’appréciation du public s’en trouve faussée.

GP : Qui boit le plus ?

Gem : Je ne pense pas que ce soit un secret. C’est Liam bien sûr. C’est fou ce qu’il peut claquer comme tunes en alcool. Mais ça va, ça ne le rend ni stupide, ni violent. Au contraire, il me fait mourir de rire.

GP : Qui est le plus égoïste ?

Gem : Je peux seulement te répondre à un niveau professionnel. Là, je dois dire que les deux frangins se partagent l’apanage de l’égoïsme. ça crie encore pas mal, mais je trouve qu’ils se sont calmés et pensent dorénavant plus au groupe qu’à satisfaire leur gloire perso. C’est plus facile de vivre avec les frères Gallagher que d’être l’un deux. Mais qu’est-ce que la presse en a à foutre que ce ne soit pas des ordures ? Des types normaux, depuis quand ça fait vendre ?

GP : Qui est le plus sympa ?

Gem : Il ne faut pas pousser, nous ne sommes pas un groupe de gentils. On ne se dit pas bonjour le matin et on ne s’envoie pas de cartes postales lorsqu’on part en vacances. Oasis est un groupe assez dur, constitué de machos issus de la classe ouvrière. A partir de là, tu peux comprendre les excès liés à ce groupe.

GP : Est-ce que tu penses réellement, à l’instar de Noel, qu’Oasis est plus grand que les Beatles et que Jésus ?

Gem : No way ! No way, man ! Personne ne surpassera jamais les Beatles parce qu’ils étaient plus en fusion avec l’univers que nous ne le serons jamais ou que nous le sommes en ce moment. Quant à Jésus, il est l’intelligence incarnée, rien à voir avec nous !