Best : Peux tu nous rappeler pour quelle raison « The Masterplan » est sorti ?
Noel : Depuis des années, nombreux sont ceux qui nous disaient que les morceaux qu’ils préféraient figuraient sur nos faces-B. Et nous trouvions cela un peu embarrassant dans la mesure où, quand nous voyagions à travers le monde, spécialement en Amérique, le public ne connaît pas tout notre répertoire. Nous ne sortons pratiquement pas de singles là-bas. Ils ne peuvent seulement se les procurer qu’en import. Pendant les concert nous jouons des faces-B comme Acquiesce et les kids se demandent d’où sortent ces trucs. Nous nous sommes rendus compte qu’en dehors de l’Angleterre peu de personnes avaient entendu ces chansons. Il y avait surement une demande pour ce genre d’album, comme nous l’avions remarqué lors de notre tournée aux Etats-Unis. Je ne suis pas sur que ce fut vraiment le moment opportun pour le sortir parce que parfois, quand j’y pense, je n’en suis pas totalement satisfait. Nous l’avions repoussé pendant un moment [il devait même d’abord sortit aux Etats-Unis], mais la maison de disques raisonnant avant tout comme une maison de disques, a certainement voulu en tirer du fric. Elle a donc monté un site Internet où l’on pouvait voter pour ses morceaux préférés d’Oasis, et ceux ayant obtenu le plus de voix se sont retrouvés sur le disque. Ce n’est pas un nouvel album. En Amérique du Sud, je suis sur que certains l’ont pris comme tel mais nous devons ôter cette idée de la tête des gens.

Best : Tu dis que des fans citent des faces-B comme leurs morceaux préférés. Au moment de l’écriture, sais-tu par avance quels morceaux figureront ou non sur l’album ?
Noel : Non. Pour notre premier album nous avions écrit 20 chansons. Au final il nous en est resté 10 pour un second disque, mais comme des tournées se sont intercalées nous avons passé notre temps à écrire sur la route. Et là il arrive fréquemment que tu composes un morceau plus intéressant que ceux en réserve. Alors tu permutes avec ceux que tu avais et certains tombent dans les oubliettes. Depuis l’invention du CD on ne devrait plus dire face-B, pas vrai ? Plutot morceau 2, 3 ou 4. Les seules chansons que nous envisageons d’emblée comme des titres annexes sont des reprises. Il nous arrive d’en enregistrer quand nous sommes en tournée et que nous séchons sur le nouveau répertoire. Je n’ai jamais su à l’avance quel serait le sort réservé à la chanson que j’étais sur le point de composer. Comment savoir à l’avance si elle sera bonne ou mauvaise ? Même les Smiths s’étaient trompés en plaçant à l’origine How Soon Is Now en face-B alors que c’est une des meilleures chansons qui soient.

Best : Donc les faces-B sont seulement la preuve de ton incapacité à savoir si ta chanson mérite d’être sur l’album ou non. Je présume que le choix est parfois difficile…
Noel : Je me souviens de la période où nous travaillions sur Morning Glory. Pendant une semaine, entre 2 sessions, j’ai écrit Cast No Shadow en vue d’un complément de single. Quand nous avons été obligés de retirer Step Out à cause de cette affaire avec Stevie Wonder, nous avons finalement placé Cast No Shadow. J’ai ensuite écrit Rocking Chait qui devait être sur l’album et qui finalement a été remplacé par un autre morceau. Je ne me souviens plus lequel…Peut-être bien Wonderwall. La seule fois où j’ai écrit une chanson dans l’optique d’une face-B, elle a fini sur l’album. A la fin de la première version de Cast No Shadow, une voix dit : « Merde, ca ferait une putain de face-B ». Nous avons dû l’enlever pour mettre le morceau sur le disque.

Best : Essayons un commentaire titre par titre. Le premier est Acquiesce, à l’origine sur le single de Some Might Say.
Noel : Nous avions déjà enregistré la démo de Some Might Say et nous étions en route pour le studio Loco au Pays de Galles. J’étais dans le train et il s’est arrêté. J’avais ma guitare avec moi. A cette époque, j’étais le seul à vivre à Londres et j’allais rejoindre les autres qui résidaient à Manchester. Le train s’est arrêté dans le tunnel de Servern, pour une raison aussi stupide qu’une feuille sur un rail. Les chemins de fer britanniques étant ce qu’ils sont, il faut à peu près 2 jours pour que quelqu’un se déplace pour enlever la feuille ! J’ai donc attrapé la guitare et je me suis mis à gratouiller [c’était avant que nous ne voyagions en première]. Il était tard et il ne devait y avoir que 5 ou 6 personnes dans le compartiment fumeurs où je me trouvais. Alors pour passer le temps je m’amusais un peu ; je n’avais pas de paroles, juste une mélodie et un genre de petit refrain que je jouais de plus en plus fort. Au bout de 40 minutes nous étions toujours coincés et certains commençaient à en avoir marre de mon petit jeu. N’empêche qu’au moment où j’ai arrêté, je tenais déjà tous les arrangements et une bonne partie des paroles. Plus tard, nous avons enregistré Some Might Say. Talk Tonight ou Half The World Away avaient été mis en boîte au Texas, et à notre retour aux Etats-Unis à l’occasion d’une tournée, nous avons tout mixé. Un matin à 7h j’ai reçu un coup de fil de Mc Gee dans la chambre d’hôtel. J’avais une grosse gueule de bois et je lui ait dis : « Qu’est-ce que tu veux, abruti ? » Il m’a répondu [imitant un accent écossais] : « Mec je viens d’entendre Acquiesce, c’est un single potentiel ! » Et moi de lui répondre que j’avais mal au crâne et que ce n’était pas le moment. Il a voulu insister, s’est mis à chanter au téléphone et je me suis dit que c’était affreux. J’ai argumenté en défendant plutôt Some Might Say. Il en rajoutait lourdement, alors je lui ait promis qu’on ne s’en servirait pas sur une face-B, mais que ce serait un autre single après Some Might Say. Intérieurement, je pensais que ce n’était qu’un gros con. Le truc, c’est qu’il fait partie de la maison de disques et que je suis du groupe, alors j’aime faire exactement le contraire de ce qu’il souhaite. C’est comme ça que cela fonctionne, non ? Au début du morceau on m’entend jouer Morning Glory et beaucoup ont pensé que c’était un accident, mais c’est tout à fait délibéré. Nous étions en train de travailler les choeurs et la guitare acoustique et j’ai commencé à jouer le morceau. Owen s’est demandé ce qui me prenait et je lui expliqué que j’essayais d’enregistrer un message subliminal pour que tout le monde se rue sur le prochain album. Owen m’a vraiment pris pour un dingue.

Best : Jusqu’à maintenant, tout le monde ignorait cette anecdote !
Noel : Oui ! Et le pire c’est que je n’avais même pas encore écrit Morning Glory en entier. Je n’avais que le refrain, mais je savais déjà que ce serait le morceau principal de l’album. Je me souviens que Liam devait être bourré pour une raison ou une autre, et il était incapable de chanter. Pas moyen d’atteindre les notes les plus hautes ; alors j’ai décidé d’assurer moi-même. Quand le morceau est sorti, tout le monde s’est empressé de dire que cette chanson parlait de Liam et moi, et que le fait que ce soit moi qui chante symbolisait que nous étions tributaires l’un de l’autre. Quelles conneries ! Toutes ces histoires parce qu’il chantait les couplets et moi les refrains. Tu imagines les commentaires : « Les 2 frères, ensemble, se montrant leur amour malgré une haine réciproque ». Alors quand on nous posait la question nous nous contentions de répondre : « Eh oui, vous avez bien raison ! ». En y songeant je me dis que Acquiesce aurait fait un bon single mais j’aime à penser que tous les groupes que j’aime, The Jam, The Smiths, ont toujours eu de bons morceaux en face-B. A cette époque, nous sortions un single tous les 3 mois. Cela n’a pas vraiment joué en notre faveur. La maison de disques aimait sortir des singles avec 4 titres chaque trimestre parce que cela convenait à ses plans marketing. Quand nous avons décidé de ralentir tout le monde a pensé que nous n’avions plus d’inspiration. En fait j’étais rodé pour écrire tous les jours, mais il est arri
vé un moment où j’ai eu envie de dépenser mon argent.

Best : D’où vient le titre ?
Noel : Je discutais avec quelqu’un pendant une interview et le mot « Acquiesce » a été prononcé. Je ne le connaissais pas. Je me le suis fait épeler et j’ai demandé ce qu’il signifiait. Dans mon esprit c’était un peu confus. Je trouvais que cela évoquait une boisson, un genre de vodka russe. C’était drôle parce que Liam ne savait pas non plus. [imitant son frère] : « C’est quoi ça, Acquiesce ? La nouvelle Volkswagen ? Cool mec, tu devrais t’en payer une ! »

Best : Talk Tonight…
Noel : Je jouais ce morceau pendant notre petite tournée avec Paul Weller. C’est l’un de nos acoustiques les plus demandés. Je me souviens de notre tournée américaine et de tout ce remue-ménage, en particulier autour de ce concert à Los Angeles. J’ai taxé un paquet de fric au tour-manager et j’ai sauté dans un taxi pour quitter Las Vegas. Le genre de truc que tu fais quand tu es une jeune rock star. C’est une histoire vraie. C’est l’un de mes morceaux préférés aujourd’hui. Pourtant au départ Liam détestait cette chanson. Je me souviens même qu’il a répondu dans une interview que je la chantais avec un accent américain, ce qui te montre bien à quel point il était drogué à l’époque. Après ça il a fallu que je réponde à des questions du genre : « Alors, vous faites de la country maintenant ? » Et moi je balançais « Oui, nous ne sommes qu’une bande de crétins et nous essayons de vous imiter ! » Je suis encore retourné à San Francisco, avec des fleurs dans les cheveux, et j’ai rencontré une fille. J’allais très mal, j’avais quitté le groupe pour je ne sais plus quelle raison et cette fille m’a vraiment aidé à reprendre le dessus. Toute la maison de disques me cherchait et c’est elle qui a appelé les bureaux pour dire où je me trouvais. Si elle ne l’avait pas fait je pourrais être en train de faire la manche sous un porche de San Francisco.

Best : Tu l’as échappé belle !
Noel : Tu peux le dire ! Je m’étais rasé le crâne. Il y avait cette rumeur qui prétendait qu’on allait officiellement annoncer ma disparition. Une sale période : j’étais à fond dans la drogue et je traversais des crises de paranoïa. Je me suis rasé la tête, persuadé qu’ainsi personne ne pourrait me retrouver. Quand je parle de limonade à la fraise cela fait référence à la boisson que cette fille buvait, du Snapple. Ce truc me hérissait le poil. Nous avons enregistré au Texas ; je crois que cela ne nous a demandé que 2 prises. J’aime le moment où j’enlève ma montre et je tousse pour m’éclaircir la voix. C’est le signal du départ. Il n’a fallu qu’une demi-heure pour enregistrer le tout en une prise live. J’aime le son de ce morceau, il est honnête. C’est une chanson triste avec une perspective assez optimiste au bout. Je me souviens de la 1ère fois où nous l’avons joué live. Je crois que c’était à Southend, devant une foule qui n’avait jamais entendu cette chanson. J’ai annoncé que nous allions interpréter un nouveau titre et au bout de 30 secondes j’ai dû arrêter pour vérifier que ma guitare était bien accordée. Je pense que tout le monde a cru que j’étais fou, genre « Tu as vu comme le mec a décroché en plein milieu ! » Mais c’est tout de même l’un de mes titres préférés.

Best : De qui parle-t-il finalement ?
Noel : Je ne me souviens pas du nom de cette fille. C’était une fan que j’avais rencontrée et qui m’avait hébergé quelques jours, le temps que je me refasse. Depuis la vie continue mais il y en a toujours un qui pète les plombs en tournée, à l’exception de la dernière. J’ai toujours pensé que nous étions maudits aux Etats-Unis, parce que nos tournées finissaient toujours par être écourtées ou annulées pour des raisons diverses. Généralement Liam est persuadé qu’il a perdu sa voix et nous lui répondons qu’il l’a seulement oubliée dans le bar de la veille ! Je ne me souviens pas du nom de cette fille mais cette chanson parle d’elle.

Best : Es-tu dans une position où tu ne vois plus tes fans aussi souvent parce que tu es inaccessible ?
Noel : La raison pour laquelle je ne vis plus ici, c’est parce que c’est devenu insupportable. Nous avons été cambriolés 2 fois, la dernière nous avons été totalement dévalisée. En général, on nous cambriole pendant que nous passons en direct à la radio ou à la télé. Alors, sur le chemin du retour, j’ai pris l’habitude de passer chez un vitrier car il y a de grandes chances que mes vitres aient été cassées. La dernière fois que j’ai eu des problèmes, c’est à propos de la Fantasy Football League. J’ai dit une connerie sur les Roumains, en ignorant complètement qu’il y en avait plein dans mon quartier. Quand je suis rentré ma maison n’avait plus une seule vitre ! Il arrive quand même que les fans soient sympas. Ils te demandent un autographe, discutent 5 minutes et c’est bon. Malheureusement, il y a aussi ceux qui pensent que tu as la réponse à toutes les questions, ceux qui ont fait une fugue… Tu te sens désolé pour eux mais tu ne peux rien faire. Je ne peux pas aider tout le monde. En fait si je commence je ne finirai jamais. Il y a toujours ceux qui trainent à 2 ou 3 heures du matin, sortant du pub et qui se pointent, genre « on vient juste prendre une bière ». Alors évidemment tu leur proposes de rester et de manger un morceau. La plupart du temps ça va ; mais quand la sonnette n’arrête plus de la nuit, ça devient infernal. Il y a aussi ceux qui escaladent les murs ou mettent je ne sais quoi dans la boîte aux lettres. Ca n’est pas si terrible, mais tout de même un peu envahissant. Je me souviens avoir lu des articles où des artistes se plaignaient parfois des assauts de leurs fans. Je pensais que c’était des cons. Maintenant je comprends mieux. Pendant l’enregistrement, l’autre jour, je me suis senti obligé de sortir parce qu’il y avait tous ces fans qui attendaient sous une pluie battante. Un de mes amis me demandait pourquoi je ne me contentais pas de les ignorer. Difficile quand il s’agit de ceux à qui tu dois tout.