Interview de Liam Gallagher (Rock’n’Folk du mois d’Août 2002)

Liam : Comment trouvez-vous l’album ?

Rock’n’Folk : Eh bien euh… Euh, ‘savez, il faut vous dire que… voilà j’avais amené mon ordinateur avec moi pour l’écouter dans le train vu que je l’ai eu qu’hier et paf, impossible de l’écouter dessus à cause du procédé anti-piratage. Je me suis fait prêter un CD Walkman mais les piles ont lâché et donc hier soir dans la chambre d’hötel, passé “Hindu Times” et paf la panne. Mais bon, je l’ai entendu quand même, ce matin. Il est…

Liam : So fookin’ what ? Whaddayatinko’ it ? Vas-y mon pote, direct, envoie la sauce !

R&F : Il est… bien. C’est l’album que les gens qui aiment Oasis attendaient (silence de l’interviewer). Je crois.

Liam : Je l’aime beaucoup. Et il y a des super-mélodies, les gens vont kiffer.

R&F : Ah oui, c’est vrai, il y a des mélodies… de nouveau ! ha ha ha.

Liam : (total stoïque) : C’est que ça compte, une bonne mélodie (il renifle).

R&F : Justement, les albums précédents en manquaient…

Liam : Mmmh… Notre dernier était pas mal. Il y avait même dessus de très bonnes chansons. Simplement, il souffrait d’un handicap majeur : le groupe vivait une mauvaise période et tout le monde était au courant. Avant même sa sortie, ça sentait mauvais… Et puis, il n’y avait pas de singles dessus. Bref : cette fois, tout le monde dans ce groupe est désormais heureux. Il y a moins de merde dans nos vies. Cela s’entend.

R&F : Avez-vous évoqué avec Noel l’enjeu que représentait ce nouvel album, ce qu’il devait contenir ?

Liam : Non. Non (pensif, il reste silencieux un moment, renifle de nouveau). Nous étions débarassés de nos démons… Vous voyez de quoi je parle ?

R&F : On sait le problème de Noel avec les drogues, qu’il semble avoir résolu. Vous aviez, vous aussi, des démons à exorciser pour qu’Oasis redevienne ce qu’il était ?

Liam : Noel a ses démons et j’ai bien sûr les miens (silence)… Ce sont surtout nos bonnes femmes qui nous pourrissaient l’existence. Et le fait que nos enfants soient destinés à grandir dans des familles brisées, voilà qui est foutrement déprimant. Mais c’est bon : chacun de nous a une nouvelle femme dans sa vie et tout baigne.

R&F : Quelles sont les forces de cette nouvelle formation ?

Liam : Tout d’abord, on s’entend super bien. On est à donf dans le groupe, tous fiers d’en faire partie. On aime sortir tous ensemble. On compose mieux et plus vite. Et puis surtout nous avons de bonnes gueules. On a tous des cheveux, déjà ; bref on a vraiment l’air d’un groupe de rock.

R&F : C’est crucial ?

Liam : Quoi ?? Bien sûr que ça l’est. Regardez tous ces groupes qui ne ressemblent à rien, qui font la tronche. Et qui perdent leurs cheveux. Tous ces…

R&F (l’interrompant) : Vous êtes quoi alors ? Le Dernier des Géants ?

Liam : J’espère qu’on est pas les derniers. Toujours est-il que nous faisons exactement ce que nous sommes censés faire. Nous sommes un putain de groupe de rock’n’roll et moi je suis une putain de rock star.

R&F : Ce qui signifie.. ?

Liam : Que je suis moi-même, que je fais les choses que je veux faire, comme je le sens et quand l’envie m’en prend. Il faut y aller à fond. Etre dans le truc à 100 %. Se donner, tel qu’on est. A prendre ou à laisser. No room for bullshiters in rock and roll. C’est ce que je raconte dans le refrain “Hindu Times” : “Cause God gave me soul and I’ll rock and roll, babe.”

R&F : Vous avez une chance énorme d’avoir en Noel cette personne qui canalise vos élans, vous permet de rester une rock-star…

Liam : Absolument. Entre frères, on ne se raconte pas de conneries. ça aussi explique pourquoi ce groupe est si vrai. Beaucoup de groupes mentent – au public, et à eux-mêmes pour commencer. Il ny a qu’à les voir ou les entendre. Si le rock n’est pas fait pour vous, s’il ne vous rend pas heureux, trouvez-vous un autre taf, les gars !

R&F : Quels sont vos morceaux favoris sur “Heathen Chemistry” ?

Liam : “Born On A Different Cloud” compte beaucoup pour moi. Ce que j’y raconte ? J’y parle de ma vie. Je regarde autour de moi et je constate que je suis différent. C’est fuck you, fuck me, c’est la vie. ça parle de trouver le meilleur endroit pour soi sur cette terre… Sinon, “Stop Crying Your Heart Out” est également doté d’une belle mélodie.

R&F : Sur un plan personnel, comment avez-vous vécu l’éclipse de ces deux dernières années ?

Liam : L’éclipse ? Je ne comprends pas…

R&F : Le fait qu’Oasis ait connu une certaine baisse de popularité.

Liam : Je ne vois pas ça ainsi. Résumons : nous avons publié “Morning Glory”, un monstre qui a tout explosé. Puis “Be Here Now” qui, c’est sûr, s’est beaucoup moins vendu mais personne ne s’attendait à la réédition de l’exploit (mot pour mot le discours de Noel il y a 2 mois – NdA). Cela dit, je le répète, j’aime “Be Here Now”. Et les fans ont toujours été là pour nous soutenir. La vie a ses hauts et ses bas, c’est ainsi. Je me laisse porter par le courant. Je vis ça bien. Et je pense pas qu’Oasis ait connu de baisse de popularité.

R&F : Quand vous composez, qu’est-ce qui vous vient en premier ?

Liam : L’envie. Je prends ma gratte, je joue une mélodie, je vais la jouer des heures durant. Toujours à l’écart des autres. Je chantonne jusqu’à ce que je trouve le truc qui tue, et voilà. Quand aux textes, ils ne viennent que plus tard. J’avais trois morceaux prêts, j’ai donc écrit des textes et choisi ensuite quelle musique collait le mieux à ce que je racontais. Mais c’est un long processus – seule “Songbird” m’est venue très vite, et avec les paroles.

R&F : Vos influences punk rock ne ressortent pas dans ce que vous avez composé. Vous pouvez néanmoins nous dire quels sont vos groupes favoris ?

Liam : Les Sex Pistols. Le seul autre groupe dans lequel j’aurais aimé jouer… Les Damned aussi. Je n’aime pas les Clash – jamais compris l’enthousiasme que déclenchait ces mecs (il se met à mimer et à chanter, de façon assez méchante) : “London Calling gna gna gni gna gna !” Non. Les Buzzcocks étaient bons. J’ai eu ma période Exploited / GBH, quand j’étais très jeune – j’avais onze ans. Après, il me fallait vraiment de la mélodie en plus de la puissance. J’aime beaucoup les Stranglers. Mais j’ai jamais pu blairer les Ramones.

R&F : Vous consommez toujours des substances illicites ?

Liam : Oui. Mais, comme j’aime à le répéter, I do drugs, drugs can’t do me. La nuit dernière, c’était cool, on est sortis avec des potes, il y avait bière, spliff et autres au programme ; mais rien à voir avec l’époque post -“Morning Glory” où c’était vraiment trop. Cela dit, si vous me posez une ligne là sur la table, je saute dessus (sourire). Mais pas tous les soirs.

R&F : Vous ne changez pas, finalement. Et nous qui voulions titrer Le Liam nouveau est arrivé…

Liam : Quel nouveau Liam ?! Soit : à 22 ans, je pensais ne jamais me marier ; et surtout ne pas avoir d’enfants. Je voulais prendre plein de drogues, niquer plein de nanas, être célèbre et advienne que pourra. J’ai désormais 30 ans, deux enfants, et je m’efforce d’être un père responsable. Pour le reste : musique, football, défonce, refaire le monde en discutant avec des amis jusqu’à 6 heures du mat’, c’est toujours ma vie – sauf qu’à 9 heures James me réveille en sautant sur le pieu et que je dois me lever pour aller jouer au foot avec lui. J’ai ralenti, mais certainement pas changé de route.